Violence politique : l’Histoire en ombre portée

Violence politique : l’Histoire en ombre portée
Crédit photo : Wikimedia Commons / Creative Commons

Ce soir, je m’apprêtais à débriefer une bonne nouvelle : la victoire écrasante du candidat démocrate James Walkinshaw face à son rival républicain lors de l’élection spéciale à la Chambre des représentants, réduisant l’écart entre la minorité démocrate et la majorité républicaine. Mais au moment où je m’apprêtais à le faire, une nouvelle est survenue.

Aujourd’hui, mercredi 10 septembre 2025, un événement tragique a secoué la scène politique américaine. Charlie Kirk, activiste conservateur, cofondateur de Turning Point USA, marié et père de deux jeunes enfants, a été assassiné par balle lors d’un rassemblement sur le campus de l’Utah Valley University à Orem. À l’heure où j’écris ces lignes, le tireur, positionné à plusieurs centaines de mètres du lieu de l’événement, a pris la fuite et reste activement recherché. Ce drame survient dans un contexte de polarisation politique croissante, où la violence met en péril le débat démocratique.

Je ne change pas d’avis sur le fond : les prises de position de Charlie Kirk me semblaient dangereuses pour la démocratie, sources de désinformation et de polarisation, et blessantes pour plusieurs minorités. Cela n’ôte rien à l’essentiel : je condamne fermement son assassinat et, plus largement, toute violence politique.

Qui était Charlie Kirk

Âgé de 31 ans, Charlie Kirk était devenu l’un des visages les plus en vue du conservatisme américain. Enfant de la banlieue de Chicago, autodidacte sans diplôme, il s’était imposé très jeune par son aisance oratoire et son goût de la provocation. Son podcast quotidien, parmi les plus écoutés de son camp, lui servait de tribune : analyses, colères, slogans, repris en boucle dans les médias conservateurs. Cette visibilité allait de pair avec des conflits permanents avec la presse et les équipes de fact-checking, qui dénonçaient régulièrement ses propos trompeurs ou infondés.

Ses campagnes ont laissé des traces. Après 2020, il s’est fait l’un des promoteurs les plus bruyants de Stop the Steal, délégitimant la victoire de Joe Biden par des fraudes imaginaires. Il a aussi repris la rhétorique du Great Replacement, théorie complotiste selon laquelle l’immigration viserait à transformer la démographie américaine. Enfin, il a porté le projet Professor Watchlist : un site listant nommément des enseignants accusés d’être “anti-conservateurs”. Une initiative dénoncée comme un outil d’intimidation, exposant les personnes visées au harcèlement.

Turning Point USA

Fondée en 2012, alors qu’il n’avait pas vingt ans, Turning Point USA s’est présentée comme une organisation étudiante destinée à “redonner une voix conservatrice sur les campus”. Le mécanisme était simple : multiplier les clubs universitaires, distribuer du matériel militant, former les étudiants à l’argumentaire conservateur, organiser des conférences. Bref : occuper le terrain.

Deux leviers faisaient la force du mouvement : une implantation locale très large et une stratégie numérique agressive, transformant chaque débat en contenu viral. Peu à peu, Turning Point est devenu une machine à former, mobiliser, diffuser. Une fabrique de militants, autant qu’une caisse de résonance politique.

En 2024, la machine s’est mise au service de la campagne présidentielle : mobilisation de volontaires, meetings parallèles, inondation des réseaux sociaux de contenus polémiques, parfois trompeurs. Dans un scrutin serré, cette capacité à galvaniser la base trumpiste a pesé lourd, au point de brouiller la frontière entre activisme étudiant et stratégie électorale nationale.

Ce que j’en pense

Pour l’heure, nous ne savons rien de l’identité du tireur ni de ses motivations. Mais peu importe : rien n’excuse un tel acte. Je souhaite ardemment que ces tueries cessent, qu’un vrai débat s’engage enfin sur le contrôle des armes, et que les dirigeants de tous bords prônent l’apaisement.

Cependant, j’ai du mal à croire que ça se passera ainsi. D’un côté, les démocrates ont été prompts et unis à condamner cet assassinat : Joe Biden, Kamala Harris, Pete Buttigieg, Gavin Newsom et bien d’autres. De l’autre, lors des assassinats d’élus démocrates au Minnesota en juin 2025, Donald Trump n’a pas assisté aux funérailles et n’a pas même contacté le gouverneur Tim Walz, qu’il a publiquement qualifié de “cinglé”.

L’histoire est un avertissement. En novembre 1938, à Paris, Ernst vom Rath, diplomate allemand, est tué par Herschel Grynszpan, un jeune Juif polonais de 17 ans. Les nazis s’en serviront pour déclencher la Nuit de Cristal : une violence organisée, étendue à l’échelle d’un régime. Ce qui m’inquiète, c’est la répétition du mécanisme : un drame, un camp politique qui l’exploite, une opinion chauffée à blanc. Voilà pourquoi, plus que jamais, il faut se mettre à l’unisson dans la réponse : condamnation de la violence, appel à la retenue et refus de toute appropriation politicienne.

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Sources / Pour aller plus loin

Articles relatant l'assassinat de Charlie Kirk

Conservative activist Charlie Kirk fatally shot in act of ‘political assassination’ at Utah college
Charlie Kirk, a conservative activist and close ally of President Donald Trump, has been shot and killed at a Utah college event in an act that the state’s governor called a “political assassination.”

https://www.reuters.com/world/us/conservative-influencer-charlie-kirk-shot-dead-utah-event-2025-09-10

‘A lot of blood’: local reporters describe moment when Charlie Kirk was shot
Emma Pitts and Eva Terry of Deseret News were covering event at which TPUSA executive director was speaking
US lawmakers unite to condemn Charlie Kirk shooting: ‘Reject political violence’
Republicans and Democrats join in outrage over attack on rightwing activist at Utah Valley University

Article relatant l’attitude de Donald Trump après les tueries d’élus démocrates au Minnesota, marquée par l’absence de compassion et son refus d’appeler le gouverneur Tim Walz

Trump says he won’t call Minnesota Gov. Walz after lawmaker shootings because it would ‘waste time’
A spokesperson for Minnesota Gov. Tim Walz says the governor wishes Donald Trump would be a “president for all Americans.”

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